Blog

#openuptogether

Nos seins : Une affaire personnelle, pas une affaire d’état

Il y a plus de 35 ans aux États-Unis et 25 ans en France, sous l’impulsion d’Estée Lauder et du magazine Marie-Claire, octobre devenait le « mois de la Sensibilisation au Cancer du Sein ». C’est donc tout naturellement que j’ai pensé ce mois-ci, consacrer mon billet d’humeur à #OctobreRose. Mais comment aborder avec une humeur positive un sujet aussi douloureux ? Comment être légitime quand on n’a pas traversé cette épreuve ?

 

Peut-être en parlant de ce qui nous est commun, en limitant la prise de parole au prévenir plutôt qu’au guérir, en remettant au centre du débat non pas la maladie mais le sein.

 

“Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.

Par de pareils objets les âmes sont blessées.

Et cela fait venir de coupables pensées”.

 

Rien n’a vraiment changé depuis ces vers de Molière. Les Tartuffe ne sont jamais bien loin. Un sein s’échappe outre-Atlantique et c’est toute une carrière qui se brise. Le téton d’une maman allaitante apparaît sur Facebook et c’est le couperet du censeur qui tombe. La poitrine d’une rescapée du cancer du sein fait la Une du New-York Times et c’est le monde qui s’affole « How shocking ! ». Plus proche et plus récent, une candidate à Miss France 2020 se voit écartée de la compétition pour avoir posé sein nu contre le cancer du sein.

 

D’un côté cette pudibonderie hygiéniste et de l’autre, les campagnes d’octobre qui exhortent les femmes à regarder, toucher, montrer ses seins. N’y a-t-il pas, une fois de plus, injonction contradictoire ? Le fait est, que ça ne marche pas. Alors qu’1 femme sur 8 va développer un cancer du sein, devenu le cancer le plus fréquent au monde et la première cause de mortalité par cancer chez la femme, la participation au dépistage ne cesse de diminuer. L’année 2020 a même été marquée par un recul historique, avec seulement 42,8 % de participation, alors que les recommandations européennes préconisent 70 %.

 

Est-ce à dire que les femmes ne prennent pas le sujet suffisamment au sérieux ? J’en doute. Je ne connais aucune femme qui ne se sente « pas concernée ». Nous avons toutes une parente, une amie, une connaissance attaquée par ce crabe, parfois même avant ses quarante ans. Nous vivons toutes avec l’angoisse d’être à notre tour agressée dans notre chair la plus chère, dans notre identité de femme, de mère, d’humain, de mammifères. Moi-même, je ressens cette angoisse au moment même où j’écris ces lignes, je l’ai sentie monter en faisant mes recherches. Nul doute que #CesSeinsJyTiens, et pourtant, je n’ai toujours pas pris ce fameux « rendez-vous avec vos seins ! Tous les ans, allez chez un médecin.”

 

Qu’avons-nous donc besoin pour prendre nos seins en mains ? Certainement pas de polémiques stériles sur les limites du dépistage, de pinkwashing opportuniste ou d’épouvantails brandis face à notre prétendue irresponsabilité. Mais d’information, oui. Et d’accompagnement. Dans la douceur et la bienveillance, en éclairant nos choix et en respectant notre libre arbitre. Car nos seins n’appartiennent ni à nos partenaires, ni à nos médecins, ni à nos enfants, encore moins aux censeurs et aux bien-pensants, mais à nous, rien qu’à nous. Et chaque femme entretien une relation différente, personnelle, souvent contrastées avec ses seins « pour le meilleur et pour le pire, dans la maladie et dans la santé ».

 

Alors, essayons de retenir les love story, les belles histoires de réconciliation et d’apaisement. Focalisons-nous sur les bonnes nouvelles et les raisons de nous réjouir : dépistage plus précis, baisse de la mortalité, traitements moins intrusifs, amélioration de la vie d’après… et surtout un cancer qui se guérit plus de 9 fois sur 10 s’il est détecté à temps.

Sur ce, je vous laisse, j’ai un rendez-vous à prendre…

 

Catherine Sandner

Partager

open up !

La newsletter bimestrielle de Logic Design

Précédent