« Je ne sais pas où je vais aller à partir de maintenant. Mais je promets que ça ne sera pas ennuyant. » David Bowie

 

Comment appréhender ce reconfinement ? Pour apporter quelques éléments de réponse, je propose un bond en arrière d’une trentaine d’année. Je suis alors chef d’entreprise et j’ai l’opportunité d’organiser pour un client américain des réunions de consommateurs à Berlin. C’est assez loin de notre domaine d’expertise mais le challenge est d’autant plus passionnant.

 

Pour cette mission, je recrute mon mari polyglotte, que j’envoie sur place en reconnaissance. Les complications s’accumulent à mesure que la date de l’événement approche : grève des transports aériens, bisbille avec le lieu de réception, problèmes de personnel, difficulté de recrutement dans un Berlin-Est encore traumatisé par l’ère communiste et finalement, l’argent pour indemniser les participants au focus group qui n’arrive jamais. Et pourtant, cette expérience reste une des plus palpitants que j’ai vécue dans ma vie professionnelle.

C’est mon Apollo 13 !

Une aventure professionnelle, mais humaine aussi, vécue intensément, l’esprit affuté, stimulé par les circonstances et l’urgence. J’étais plus créative et pleine de ressources que jamais. Et franchement, les retrouvailles avec mon mari, quand je me suis jetée dans ses bras en arrivant à Berlin alors qu’on n’y croyait plus, au terme d’un périple vol/train via Vienne, étaient belles comme dans un film !

 

Un mois plus tard, nous organisons un deuxième focus group au même endroit. L’équipe est à présent aguerrie et tout se passe normalement, dans un ennui feutré.

Comme Apollo 14. Il y a eu un Apollo 14 ? Oui, une mission sans doute laborieuse mais sans accroc notable, si bien que personne ne s’en souvient. Voilà ! Le reconfinement, c’est ça !

 

Ce n’est plus une expérience nouvelle, universelle, qui chaque jour apporte son lot de remise en cause, de défis, à tous les niveaux de notre existence. C’est la numéro 2 d’une peut-être longue série qui nous remet sur les rails d’une vie au rabais, sans surprise, dans un tunnel dont le bout semble de plus en plus lointain et hypothétique. Alors on peut choisir de serrer les dents, de vivre en mode métro-boulot-dodo entre deux plages de confinement. Se résoudre à stagner. Sauf que l’immobilisme n’existe pas en ce monde. Qui n’avance pas, régresse. Se laisser réduire à l’expérience étriquée qui nous est raisonnablement imposée met en péril notre santé mentale. Il nous faut donc résister ! Résister à la pente naturelle du spleen et du ruminement, comme nous y encourage Mona, avec ses « 6 clés pour traverser les prochaines incertaines semaines ».

 

Ça va demander un effort pour rester dans la joie, le plaisir, le partage et le vivant, alors même qu’on nous prive de tout ce non-essentiel qui fait le sel de la vie. Il faudra être inventif, courageux, entretenir la curiosité et puiser en soi les ressources pour aller de l’avant, dans un monde au frein à main bien serré. Il faudra conjurer l’incertitude en continuant à faire des projets, chasser les idées noires, les « ce n’est pas le moment » et autres « à quoi bon » pour continuer à « faire » des choses. Chaque matin de ce reconfinement, il faudra faire cet effort-là : choisir de vivre plutôt que de simplement survivre.

 

Catherine Sandner