La tendance est au management bienveillant. Nulle grandeur d’âme dans cette démarche, qui suit avant tout l’intérêt économique. Le bien-être est devenu une clé de performance et une condition de créativité.

Le management à la papa, fondé sur la peur, peut marcher à court terme mais finit par générer des pathologies : après l’épuisement (burn-out) et l’ennui mortifère (bore-out), voici venu le fléau de l’absurdité et de la perte de sens (brown-out, littéralement, « baisse de courant »). L’employé survit au travail plus qu’il ne crée, produit, s’engage et vit son travail. Mais comment inverser la tendance, passer au management doux alors que les temps sont durs, et que rien n’est plus difficile à changer que les habitudes ?

Une catégorie de population me semble particulièrement rompue à cet exercice, pour avoir connu le surmenage, l’aliénation, la détresse et l’isolement.  C’est celle des mères, qui, depuis leur entrée dans la vie active, assument et serrent les dents pour le bien supérieur. Le management bienveillant fait partie de leur ADN. C’est la seule option possible face à enfant qu’on ne peut pas virer, aussi ingrat et incompétent soit-il.  

Cependant la mère sacrificielle a disparu en même temps que l’employé dévoué corps et âme à son entreprise. La mère 2.0 a su puiser en elle les ressources pour avancer. Elle a appris à déléguer, relativiser, anticiper, prioriser, communiquer et, en particulier, dire non. Elle a ainsi acquis des compétences qui épousent l’air du temps et les nouvelles exigences managériales. Elle a en particulier intégré une règle de base qui s’applique parfaitement à l’actuel monde du travail : « si tu ne peux changer les circonstances, change ta perception et ta façon d’appréhender ces circonstances ».

La solution pour propager un management bienveillant me semble évidente : engager des femmes manager ! Et boucler ainsi logiquement  la boucle, puisque le terme manager trouve sa source étymologique dans celui de « ménagère », qui « fait tourner, mène, contrôle et gère les affaires ». Alors, qui mieux que la « ménagère », forte de son parcours et de son expérience, saurait motiver l’employé en mal de sens et de reconnaissance ?

Catherine Sandner