C’est fou la rapidité avec laquelle on devient « vieux » ! Il me semble que hier encore, j’étais fière de conseiller des clients qui avaient le double de mon âge. Et voilà que c’est moi qui ai le double de leur âge. Pourtant, je me sens toujours aussi enthousiaste, énergique, jeune quoi ! C’est tout le paradoxe : on se sent jeune de plus en plus longtemps, alors qu’on est perçu comme vieux de plus en plus tôt. Les statistiques nous qualifient de « senior » dès 45 ans. La ménagère cesse officiellement d’exister après 50 ans. Et l’âge reste le premier critère de discrimination à l’embauche des plus de 55 ans.

Pourtant, sensiblement le vent tourne. Dans un contexte de précarité, le “vieux” devient une valeur sûre. Responsable de près de la moitié des dépenses de consommation, tout de même ! Du côté des sondeurs, le terme « ménagère de moins de 50 ans » est aujourd’hui proscrit et la nouvelle « Femme Responsable principale Des Achats du foyer » elle, n’a pas d’âge. Certaines marques se démarquent en choisissant une égérie du 3ème, voire du 4ème âge, gage d’authenticité et d’unicité. Celui qui incarne l’audace aujourd’hui n’est pas le jeune fou qui fait n’importe quoi mais le vieil excentrique qui s’assume.

Dans l’entreprise aussi, le “jeunisme” marque ses limites. La fougue ne remplace pas l’expérience. Pis, la fougue fonctionne mieux quand elle est matinée d’expérience. Les start-up elles-mêmes cherchent de plus en plus, dans leurs offres d’emploi, des profils « confirmés » (synonyme politiquement correct de senior), susceptibles de leur apporter la crédibilité et la solidité qui leur manquent parfois. Et quand un cabinet de recrutement s’aventure à présenter un senior à son client, il est employé une fois sur deux !

J’aime à penser que les grands esprits ont fini par se rencontrer. Publicitaires, recruteurs, marques et entrepreneurs auraient-ils enfin compris que la séniorité est une richesse, et l’âge, une dimension incontournable de la diversité ?

 

Catherine Sandner