Etre populaire. N’était-ce pas toujours le Saint Graal ? A l’école, même armés de deux pieds gauches, nous rêvions que la reine des pom pom girls ou le capitaine de l’équipe de foot vienne nous dire « Je te veux dans mon équipe ». Un regard, une marque d’attention de leur part et nous nous sentions exister. Et puis le temps a passé et s’est chargé de rétablir l’équilibre. Les idoles vieillissent mal en général. Tandis que nous apprenions à consolider notre estime de soi et à nous affranchir du regard des autres, Reines et Capitaines se rangeaient des voitures. Ils finissent vautrés dans un canapé déformé par leur fessier devenu trop lourd, dépassés par une marmaille encore plus arrogante qu’ils ne l’étaient jadis et pressée d’exister.

Pour cette nouvelle génération, qu’est-ce qui a réellement changé ? C’est toujours la même chasse à la popularité où prédomine le paraître, la volonté de s’agglutiner autour du plus fort pour isoler le plus faible. Les réseaux sociaux et les outils technologiques ont juste amplifié le phénomène. La popularité ne se juge plus au feeling mais devient une notion comptable. Les gens qui nous suivent sur les réseaux sociaux nous apportent la preuve d’exister. Un pouce en l’air atteste de notre valeur. Être liké ou ne pas être liké, telle est la seule question. Pas de nuance, juste une grande illusion. Le digital devient le miroir de notre popularité mais un miroir déformant, voilé, éphémère et infidèle. Car la foule est plus que jamais prompte à oublier ce qu’elle a jadis adulée. Et qu’un ami Facebook n’a d’ami que le nom. Comme dit l’adage « être populaire sur Facebook, c’est comme être riche au Monopoly »

Faudrait-il donc tout jeter à la poubelle, comme le préconisent ceux-là même qui nous ont donné la corde pour nous pendre ? Ce serait absurde, comme le sont toujours les extrêmes. C’est encore et toujours d’un travail sur soi qu’il s’agit, pour oser se montrer tel qu’on est. Car finalement, ce qui marque, ce qui génère de l’influence et devient populaire, c’est l’authentique, le spontané et non le fabriqué. En témoignent le succès des vidéos Quick & Dirty et l’émergence des invisibles d’hier. Le net et les réseaux sociaux ont aussi donné aux pas beaux, aux mal fichus, aux têtes d’ampoule, aux émotifs, aux timides et aux complexés un moyen de sortir de leur coquille et de se découvre populaire. Car dans un monde où prime l’apparence, la superficialité et l’artifice, le public – qui compte bien plus de ces contre-héros que de Capitaine de foot ou de Reine des pom pom girls – aspire à se sentir émotionnellement connecté. Pour laisser une trace – et non faire le buzz – il s’agit d’être vrai, utile, différent. La popularité est alors une conséquence, pas un but !

Catherine Sandner, New business Manager