Une des premières règles apprise de l’expérience, alors que j’étais jeune entrepreneure, c’est qu’une idée ne vaut que si elle se vend. Combien de concepts séduisants sur le papier ont péri dans l’œuf car, entre l’intérêt initial et la viabilité économique, il manquait l’engagement du consommateur. On pourrait croire que cette belle expérience de jeunesse m’a rendue humble et réaliste… Que nenni !

En salsheuse que je suis, j’ai monté mon premier One Woman Show. J’ai travaillé le concept, le discours et le positionnement, comme je sais si bien le faire. J’ai prospecté passants, réseaux et quidam, armée du plus beau flyer que la terre eût jamais porté. Après tout, c’est mon métier et je sais qu’il faut mettre beaucoup de monde dans l’entonnoir pour ressortir avec un “client”. Cependant, l’engouement obtenu était bien plus fort que celui de mes campagnes de prospection pour découvrir “une approche spécifique permettant d’innover de façon pertinente, en réduisant considérablement les budgets et le time-to-market”. J’imaginais les réservations se bousculer et mon spectacle afficher complet en quelques semaines. Bref, j’étais Reine, au pays des Bisounours !

C’était oublier, qu’une nouvelle proposition allait vite chasser la mienne. Que des dizaines de sollicitations, publicités, notifications étoufferont cet intérêt initial. Que les contraintes du calendrier et de la vie quotidienne se chargeront d’en effacer les traces résiduelles. Qu’au moment où l’intéressé retombera sur le flyer froissé au fond de son sac, il se demandera pourquoi il irait se déplacer, payer, prendre du temps pour une aspirante humoriste qu’il ne connaît ni d’Adam ni d’Eve.

Il ne suffit pas d’intéresser, il s’agit d’obtenir un engagement. L’engagement se mesure par le passage à l’acte. Et obtenir l’engagement, à l’ère du digital, c’est presque un petit miracle. Il ne s’obtient pas “à froid” mais résulte d’une connexion émotionnelle créée en amont. Lorsqu’une personne s’engage, elle prend position, elle agit, elle décide d’accorder son attention et son énergie. Comme l’ont fait les dizaines d’amis mais aussi de collègues, ex-collègues, voisins, parents d’élèves, copains d’école, famille d’amis, coach, banquière, décoratrice et autres personnes rencontrées au détour d’un voyage, d’une formation ou d’un service rendu qui ont acheté leur billet, si bien que les spectacles se joueront à guichet fermé. Malgré les sollicitations, ces personnes ne se sont laissées embarrasser par le choix et ont décidé de me suivre moi, et pas quelqu’un d’autre. Un petit miracle, vous disais-je !

Catherine Sandner