Alsacienne expatriée à Paris depuis plus de trente ans, j’avoue avoir gardé un côté premier degré et psychorigide typique de l’Est. Ordnung ! Ordnung ! Une petite incivilité et je démarre au quart de tour : arriver en retard, jeter un mégot dans la rue, traverser hors des clous… Mes proches, collègues et amis parisiens estiment bien sûr qu’il faut que j’apprenne à lâcher prise, à me libérer du carcan de mes origines. Eux-mêmes perçoivent toute injonction, toute nouvelle zone piétonnes, non-fumeur, à vitesse limitée… comme une insulte à leur liberté individuelle*. C’est que ces enfants gâtés ne s’épanouissent vraiment que dans l’absence de règle et la transgression. Vous voulez qu’on actionne un bouton ? Plutôt que « appuyez là », mettez « ne pas toucher » et la tentation devient irrésistible. Alors évidemment, mon manque de souplesse, ma soumission au rapport de féodalité qui lie l’employé à son employeur, le citoyen à l’État, l’individu au droit, me vaut sarcasme et raillerie : « Mais si, Catoch, avec un peu d’imagination, les ronds peuvent parfois rentrer dans des carrés ! »

 

Pourtant, il suffit de traverser l’Atlantique pour constater combien, comparé à New-York, nous autres gens de l’Est sommes petits joueurs. Big Apple, c’est Big Mother, avec ses « must » et « don’t do » à chaque recoin. A votre sortie des toilettes, une petite affiche vous attends « as-tu bien lavé tes mains ?». Dans le métro, un menu déroulant (car un poster n’aurait pas suffi) vous rappelle toutes les règles à respecter. A votre porte, pas de Trick or Treets pour Halloween si vous n’avez pas donné au préalable votre autorisation écrite et signée…. Et malgré tout, New-York reste la ville la plus « Playfull » qu’il m’ait été donnée d’expérimenter. Légère, divertissante, on s’y sent pousser des ailes au milieu des feux rouges et des panneaux qui clignotent. Car à New-York on redevient un grand enfant, lâché dans la cour de récréation d’un gigantesque kindergarten, sans limite et sans frein. Big Mother a beau crier fait pas si, fait pas ça, elle est dans son rôle, et nous dans le nôtre, « Z’leit laavè », expression alsacienne qui signifie vivre sa vie en pourrissant la sienne !

 

Alors quoi, j’aime les règles claires, la communication directe, les instructions avec un cadre… ? Je n’en reste pas moins prête à pourrir la vie à qui freine mon épanouissement. Bref, je suis aussi Rock’n Roll que vous, hopla !

 

*D’après une étude de Viavoice pour La Revue Civique, 73 % des Français pensent que notre société est liberticide.

 

Catherine Sandner, New Business Manager