Depuis le début de la crise sanitaire, je suis exaspérée par ces professionnels qui, dans leur mail, continuent à me parler comme si de rien n’était. Je ressens cette attitude « business as usual » comme une indécence. Je comprends bien la nécessité de continuer à travailler et à faire tourner les rouages de l’économie pour que chacun soit payé, nourri, productif, mais pas sans mettre l’humain au cœur de sa réflexion et de son action. La priorité, c’est de prendre soin de chaque maillon de la chaîne. Cette crise vient nous rappeler que le bon fonctionnement de l’entreprise et de la société toute entière dépend avant tout de l’intégrité de chacun de ces membres.

 

Chacun de nous est amené à prendre un temps d’arrêt, de réflexion et de remise en cause de sa façon d’appréhender le monde. Par nécessité plus que par choix, chacun est appelé à vivre l’instant présent, à sortir de sa zone de confort, à prendre de la hauteur, à changer ses habitudes… C’est finalement ironique de voir comment une particule d’une centaine de milliardième de mètre a su nous imposer ces concepts, à la barbe des gourous de tous bords.

 

On ne peut plus faire son métier comme avant, mais on doit continuer à le faire. Sans repère ni visibilité. En se posant les bonnes questions : A quoi ça sert ? Comment puis-je être utile ? Comment donner du sens à mon action ? Je suis moi-même dans la prospection stratégique. Un métier de chasse aux nouveaux clients qui devient dérisoire quand la savane est en feu et que chacun est confiné dans sa caverne à colmater les brèches. Quand l’avenir devient à ce point incertain, le temps n’est plus à l’offensive mais à l’entraide. J’ai toujours pensé qu’un bon développement repose sur la capacité d’écouter et de s’intéresser vraiment à l’autre, puis sur une manière de communiquer et de se positionner en apporteur de solutions pour arriver jusqu’au rendez-vous commercial. Depuis la crise sanitaire, j’ai le sentiment que mon travail doit s’arrêter à la première partie, dans une démarche plus « soft », désintéressée, où le seul objectif serait relationnel (être présent, aider, initier et/ou nourrir la relation…). Bref, elle s’inscrit dans la fameuse Thank You Economy née avec les réseaux sociaux, qui valorise la sollicitude à l’ancienne et l’échange spontané (de savoir, de retour d’expérience, etc.). Ultimement, cette sollicitude quand tout va mal, crée de la reconnaissance, qui devient potentiellement levier de croissance quand tout va à nouveau bien.

 

Il me semble que c’est le défi auquel est soumis chaque entreprise : réussir cet exercice d’équilibriste. Rester acteur sans tirer parti de la situation, rentrer de l’argent sans passer pour un vautour, informer sans être déplacé, servir l’intérêt général sans devenir Bisounours, être solidaire tout en préservant sa viabilité financière… Tous les jours, l’équilibre est remis en cause par les données du monde réel, changeantes et imprévisibles. Toute entreprise, mais aussi tout individu, tout professionnel, doit trouver, au jour le jour, comment faire partie de la solution, plutôt que du problème. Et c’est ainsi qu’elle gagne le droit de (re)faire du business.

 

 

Catherine Sandner, New Business Manager