Phénomène exceptionnel : cette année, le 14 juillet tombe un 19 mai ! L’effervescence est à son comble. Les estrades se montent, les troupes se mobilisent, les costumes s’ajustent –trois confinements ont laissé des traces au niveau des tours de taille et de hanche. Ce qui n’empêchera personne de réserver sa place en terrasse dès la première heure du 19 mai. Quitte à camper devant, à casser son plan épargne, à faire la queue sous le vent et la pluie !  

 

C’est que tout le monde a été pris de court par l’annonce inespérée de ce jour de libération nationale, de ce 19 mai où tout ouvre en même temps : les boutiques, les terrasses, les théâtres, les bureaux… Moi-même, je me vois encore alanguie devant ma télévision et, le moment d’après, courir comme une folle dans tous les sens. En quelques instants, j’étais devenue mon chat. Fini l’état de semi léthargie si caractéristique de la saison 2020-2021. Tant à organiser en si peu de temps ! 

 

Il faut reconnaître que la stratégie des décideurs en haut lieu était plutôt maligne. En focalisant sur ce 19 mai libérateur, si plein d’espoir, si proche d’une vie presque normale, on en oubliait qu’on signait au préalable pour une prolongation de 18 jours de quasi confinement. En quoi donc ce 19 mai est-il si différent, alors qu’on n’en est pas à nos premiers assouplissements, réouvertures ou sorties de confinement ?  

 

Avant Le 19 mai (2021), il y a eu Le 11 mai (2020), date emblématique de sortie du premier confinement, le seul réellement digne de ce nom. Un confinement soudain, radical, inattendu, et proprement « incroyable ». Une situation tellement inédite que notre cerveau n’arrivait pas à suivre et qu’on l’a vécue comme une parenthèse. D’ailleurs, souvenez-vous, à la sortie du confinement, la vie reprenait comme avant, sans masque, ni dans la rue, ni au travail. Mais avec constamment sur nos épaules des oiseaux de mauvais augures qui nous pinçaient de leur bec pour nous réveiller à la réalité. Et la réalité nous a rattrapé. On a compris que notre vie était une chimère. Raoult se trompait, Giscard mourait, Marianne déprimait. On a appris à se méfier de tout et à ne plus croire en rien. On s’est plié à la « nouvelle normalité ». 

 

Alors pourquoi ce 19 mai fait-il l’effet d’un feu d’artifice dans nos têtes ? Peut-être parce que, pour la première fois, cette libération, associée à la vaccination massive, annonce un armistice durable plutôt qu’un cessez-le-feu éphémère. Elle ouvre le temps de l’après-guerre. Elle nous autorise à espérer, à rêver, à ressentir, à se projeter dans le plaisir simple de sortir, de faire des choses et de voir des gens. Dans tous les domaines de notre vie !  

 

Le 19 mai, on va ouvrir les vannes pour revoir nos proches, flâner entre copines, aller au cinéma, se réunir en famille, partager un bon repas, rire ensemble, monter sur scène, refaire le match, aller voir grand-mère, lécher les vitrines, prendre un café sur le zinc, découvrir de nouvelles têtes, imaginer un afterwork, ou tout simplement un work moins triste que seul devant son ordinateur. Même s’il nous faut pour cela émerger de nos boîtes à pizza et nous habiller convenablement, de haut en bas !  

 

A l’évocation du 19 mai, nous avons tous envie de chanter comme le faisait Johnny Hallyday « Pour moi la vie va commencer
En revenant dans ce pays
Là où le soleil et le vent
Là où mes amis mes parents
Avaient gardé mon cœur d’enfant » 

 

Catherine Sandner