La précarité n’est plus ce qu’elle était. Oh, elle n’a pas reculé, loin s’en faut. Tout le monde a bien compris qu’elle n’était plus conjoncturelle mais endémique. La BBC a même mis en ligne un test pour calculer la probabilité qu’un robot vous pique votre place…

 

Dans un monde où un emploi sur 3 est amené à disparaître d’ici 20 ans, il faut bien faire avec. Subir. Serrer les dents. Quoi que… C’est justement la perception de cette précarité qui me semble avoir évolué. Elle est plus assumée, voire choisie. J’ai ainsi vu, lors d’une conférence, un jeune entrepreneur présenter son activité en précisant sans état d’âme qu’elle n’existerait plus dans cinq ans. Il avait créé en toute conscience son propre emploi précaire. Un comble !

 

Certes, dans les premiers temps, la précarité s’est abattue sur le monde industriel comme la peste, gangrenant les rapports professionnels à tous les niveaux. Les clients traitaient mal les entreprises, qui traitaient mal leurs employés, qui traitaient mal leurs fournisseurs. La déshumanisation, le manque de créativité et d’utilité, la perte de sens, de repère, de confiance, l’isolement, l’ennui, l’aliénation, venaient alimenter des formes nouvelles de souffrance au travail. Mais peut-être que tous ces maux ont finalement engendré un bien.

 

Puisque plus rien n’est sûr, puisque l’entreprise n’apporte plus les gratifications qui nous liaient à elle, autant s’émanciper et devenir l’aventurier de sa propre vie. D’où l’optimisme insolent des millennals, qui se jouent de la précarité et s’inventent un avenir au gré de leurs envies, refusant d’avancer sans stimulation ni reconnaissance.

 

Et si, en fin de compte, la précarité était une chance ? Celle de donner un nouvel élan à sa vie professionnelle, loin de la conception dépassée d’une carrière linéaire. Celle de sortir d’une zone hypothétique de confort pour se reconnecter à ses désirs. Comme ces hauts potentiels surdiplômés qui se reconvertissent dans des métiers manuels, qui lâchent la ploie pour l’ombre, le salaire pour la liberté, la position pour la passion. La reconversion professionnelle est ainsi jugée positive par 85% des Français, voire tentante pour 32% des sondés (Source : Odoxa pour Classrooms).

 

Les robots et les machines vont nous prendre nos jobs ? Eh bien laissons leur ces jobs ingrats et sans âme pour courir vers ceux qui nous épanouissent ! Des métiers disparaissent tous les jours, mais d’autres apparaissent, qui ont besoin de qualités éminemment humaines : originalité, intuition, empathie, sens artistique et capacité d’écoute. Dans les « 10 emplois de demain qui n’existent pas encore aujourd’hui », Up magazine a même imaginé celui de « marcheur/parleur » dont la vocation première est de faire attention aux autres.  Et moi, imaginer un monde à venir dominé par les soignants, les créateurs et les artistes, je trouve ça plutôt exaltant. Pas vous ?

 

Catherine Sandner, New Business Manager