Le terme de “design fiction” inventé par Bruce Sterling en 2005 puis développé en 2009 par Julian Bleecker est une pratique du design qui explore des futurs probables, possibles, ou complètement spéculatifs.

 

Contrairement aux démarches classiques du design qui répondent à une commande en créant un objet, un service ou une application, l’objectif du design fiction est de matérialiser des scénarios possibles pour ensuite les mettre en débat, questionner le futur. Tour d’horizon des dernières créations en la matière !

 

 

 

O.D.N.I.

 

Juin 2002, Wired et le Time Magazine, s’enthousiasment pour l’invention d’un étrange implant dentaire faisant office de téléphone connecté. La prothèse miniature, dont l’installation ne nécessite qu’un bref passage chez le dentiste, promet alors de « révolutionner la communication personnelle ».
300 ans après Descartes, l’homme-machine revient nous hanter.

 

James Auger and Jimmy Loizeau

 

Dans le quotidien à venir du catalogue TBD, fini l’ennui des mornes trajets en Google Car. The Miguel Bay Driving Experience Company vous propose un spray à appliquer sur les vitres du véhicule, pour enrichir le paysage de catastrophes naturelles, d’explosions dignes d’Hollywood ou d’invasions militaires « tellement réalistes que vous vous accrocherez au volant ». Dans celui d’IKEA, vous louerez des pièces supplémentaires pour recevoir des invités supplémentaires dans votre appartement.

 

La pop culture hurle aussi son impatience d’être prédictive.

Minority Report est devenu depuis sa sortie en 2002 une sorte de benchmark Millenial. On se souvient notamment de l’immense surface tactile des locaux de la Précrime, conçue en collaboration avec une équipe d’ingénieurs du MIT, préfigurant autant le contrôle à distance des futurs Nintendo Wii et Microsoft Kinect, que l’avènement à venir des désormais incontournables interfaces tactiles.

 

 

 

Design friction

 

Friction, bien-sûr. Sinon comment repenser le monisme de notre espèce pour autoriser d’autres règnes du vivant.

SELFORG propose l’idée d’un « monde plus doux » où la technologie des matériaux de fibre s’est développée pour devenir le matériau constitutif principal d’une société. Ainsi, nous aurions la possibilité par exemple de réparer des routes juste en semant quelques graines. Celles-ci viendraient combler les trous grâce au développement des fibres.

 

SELFORG Takram

 

Plus intimement disruptif, des chercheurs ont découvert que les tissus végétaux et humains partagent des similitudes microscopiques faisant de l’hybridation entre ces deux royaumes, généralement considérés comme séparés, une possibilité. Ainsi, l’utilisation de plantes comme matière première pour la création d’organes compatibles avec l’homme est aujourd’hui réalisable.

 

 

Marie Declerfayt / Académie de design Eindhoven

 

Pour être efficace, l’exercice doit repenser le questionnement initial.

 

Par exemple, la question très actuelle de l’accès à l’eau est ici retournée et se concentre sur l’amélioration de la gestion de la perte hydrique de notre corps. Si notre corps perd moins d’eau, a-t-on encore besoin de consommer autant de bouteilles en plastique ? Ainsi la problématique de l’eau dépasse le packaging et amène le designer à créer des organes artificiels qui permettent à notre corps de perdre un minimum d’eau et ainsi de réduire notre consommation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Shenu: Système hydrolemique

 

Le design fiction repense également notre façon de communiquer avec les intelligences artificielles, comme Amazon, Alexa ou Siri. Ainsi à travers l’analyse de nos comportements et de notre environnement, ces assistants « intelligents » pourront nous suggérer un futur souhaitable et coacheront nos envies. Dans cette relation tronquée, notre libre-arbitre s’évanouit et nous interroge.

 

Making of Home Shrine / Yosuke Ushigome

 

Enfin, aboutissons cette quête d’avenirs incertains par le plus prévisible de nos devenirs : Notre inévitable départ spacial, et sa nécessaire logistique alimentaire, palliative de l’abandon du nid. C’est le concept packaging zéro G (gamme de packaging alimentaire compensateur des carences de nos corps en milieu spatial et/ou en hyposommeil), qui nous impose de regarder en face notre future inhumanité.

 

Louis Berger / La marque zéro G

 

 

 

Forcer une vision : a daily routine

Parce l’homo sapiens est jeu et simulation.

Parce que l’avenir nous terrifie.

Parce qu’une aberration fait partie des possibles.

Parce que nous n’aliénerons jamais notre droit à remettre nos vérités en question.

 

Alors le design fiction s’installe comme notre meilleure capacité à écrire notre futur avec courage et lucidité.

Sans peur.

Sans regrets.

Et avec pleins de morceaux de brillant futur à l’intérieur !

 

 

Vincent VIARD, Structural Design Manager